Abu Dhabi, 500 millions de dollars et une société crypto liée aux Trump : ce que révèle l’enquête et ce que répond Donald Trump
- Joshua Hepner

- 3 févr.
- 3 min de lecture

L’affaire est partie d’informations publiées par la presse américaine :
un membre influent de la famille régnante d’Abu Dhabi aurait pris une participation massive dans World Liberty Financial, une structure crypto associée à l’entourage familial de Donald Trump.
Les événements survenus quelques jours avant l’investiture, ainsi que le transfert de fonds vers des entités associées aux proches du président, suscitent des allégations de conflit d’intérêts et d’influence étrangère. Donald Trump, lui, assure ne pas avoir été informé de cette opération et renvoie la gestion à ses enfants.
Un accord à 500 millions de dollars, signé par Eric Trump selon plusieurs médias
Selon une enquête initialement attribuée au The Wall Street Journal et reprise par plusieurs médias, des émissaires liés à Sheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan auraient conclu un accord pour acquérir 49 % de World Liberty Financial pour 500 millions de dollars, quelques jours avant l’investiture.
Les éléments rapportés évoquent également une structure de paiement détaillée :
une partie importante versée immédiatement, dont 187 millions de dollars dirigés vers des entités contrôlées par la famille Trump ;
au moins 31 millions de dollars destinés à des entités affiliées à Steve Witkoff, présenté comme cofondateur de World Liberty Financial et nommé ensuite envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient.
Sur le document cité par la presse, l’accord aurait été signé par Eric Trump.
(ABC news)
Les accusations : conflit d’intérêts, influence étrangère et soupçons de “pay-for-play”
Les critiques portent moins sur l’existence d’un investissement privé que sur son contexte politique.
Risque de conflit d’intérêts et d’influence étrangèreLe fait qu’un dignitaire d’un État étranger (ou des structures qui lui sont associées) investisse massivement dans une entité liée à la famille d’un président en exercice soulève, aux États-Unis, des questions récurrentes sur la frontière entre intérêts privés et exercice du pouvoir. Des élus démocrates ont publiquement qualifié l’affaire de corruption et demandé des vérifications.
Le prisme juridique : la “Emoluments Clause”Une partie des commentateurs invoque la Emoluments Clause (disposition de la Constitution américaine visant à limiter les avantages d’origine étrangère pouvant influencer un responsable fédéral). La question, ici, serait de savoir si un investissement privé bénéficiant à des entités liées à la famille du président peut, selon sa structuration, créer une situation assimilable à un avantage indu — un point débattu de longue date par juristes et spécialistes d’éthique publique.
Une chronologie jugée sensibleLe dossier a pris de l’ampleur parce que l’administration américaine a ensuite approuvé la fourniture à l’United Arab Emirates de puces d’IA très recherchées, après des hésitations antérieures liées à des préoccupations de sécurité nationale. Les critiques y voient un terrain propice aux soupçons de contrepartie implicite, même si aucune preuve de “quid pro quo” n’est établie publiquement à ce stade.
La réponse de Donald Trump : “Je n’étais pas au courant, mes fils s’en occupent.”
Interrogé à la Maison-Blanche, Donald Trump a déclaré ne pas avoir connaissance de l’opération et a expliqué que ses fils géraient le projet. Il a aussi tenu un propos plus général sur l’importance de la crypto, en se disant favorable au secteur.
En parallèle, des éléments de réponse officiels et para-officiels ont été rapportés :
Un porte-parole de World Liberty Financial, David Wachsman, a reconnu l’existence de l’accord tout en assurant que ni Donald Trump ni Steve Witkoff n’avaient participé à la transaction et n’étaient impliqués dans la gestion depuis l’entrée en fonctions.
Le conseil juridique de la Maison-Blanche a déclaré que le président n’était pas impliqué dans des transactions commerciales susceptibles d’affecter ses responsabilités constitutionnelles.
Ce que l’on sait de World Liberty Financial (et pourquoi cela compte pour le marché crypto)
L’affaire met en lumière un phénomène plus large : l’utilisation de structures crypto comme outil d’accès au pouvoir économique et potentiellement d’accès symbolique à des réseaux d’influence.
Une enquête antérieure de Reuters décrivait déjà World Liberty Financial comme une “machine” de levée de fonds à l’international autour d’actifs crypto et de tickets d’entrée élevés pour certains investisseurs.
Ce mélange de finance tokenisée, de levées internationales et de proximité politique rend l’épisode sensible. Même si l’investissement est légalement structuré comme une opération privée, il peut créer un risque réputationnel pour les investisseurs, les partenaires et les plateformes ainsi qu’un risque réglementaire si des autorités y voient un contournement des garde-fous éthiques.



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